L’économie sociale

Économique certes, mais sociale en plus!

Il est bien plus fréquent d’applaudir la réussite d’une entreprise sur la base de son chiffre d’affaire, des marchés qu’elle conquiert et des concurrents qu’elle terrasse que sur le bien qu’elle apporte à la communauté. Nombreuses sont les success stories qui se battissent sur la destruction de l’environnement ou l’exploitation des enfants. C’est que l’économie semble aux antipodes de la moralité. Son rapport à l’humain se limite trop souvent à celui d’une ressources au service de la production et de la consommation.

L’économie sociale, quant à elle, met au centre de l’activité économique un principe humain fondamental. Celui de la communauté et du bien social. Mettre des valeurs comme la solidarité et l’utilité sociale comme principe de fonctionnement d’une entreprise peut paraitre comme une aberration devant le principe si généralement admis du “ laissez-faire, laissez-passer” comme injonction au politique de ne pas intervenir dans l’économique. La loi du marché reste le régulateur principale qui autorise légitimement les grandes entreprises à absorber les petites et les fortes à écraser les faibles … . Cette guerre, adoucie par le terme compétition, est valorisée comme une réalisation digne d’être admirée et enseignée dans les écoles de commerce et dans les facultés d’économie.

Le monde de l’économie, comme la société dans son ensemble, vit mal ce principe que l’histoire au sens de Fukuyama semble avoir légitimé par l’échec du modèle économique social des pays de l’Est. Si le modèle libéral a le mérite de ne pas trop cacher sa nature d’économie de prédation, l’économie sociale des pays de l’Est s’est toujours cachée derrière des principes pour masquer son inefficacité économique doublée d’une exploitation par une oligarchie dont la force est basée sur un système politique fermé. Aussi bien le capitalisme que le communisme, mais à des degrés différents cependant, ont été défaillants en termes de moralité et d’humanisme.

C’est pendant les crises que la question de la morale revient avec insistance. L’entreprise doit-elle se préoccuper de l’humain quand sa fonction légitime, ou légitimée par un discours technique qui soulage sa conscience, affirme que son efficacité est la condition de sa survie ? Comme si l’efficacité était incompatible avec moralité. La question éthique est aujourd’hui une préoccupation majeure, même si elle reste marginale et relève encore d’un luxe que se permettent certaines entreprises ou certains intellectuels.

L’économie du marché et le libéralisme économique sont désormais incontournables. Il suffirait peut-être de leur donner la valeur humaine qui leur a souvent manqué. Les tentatives dans ce sens sont multiple. D’abord par l’intermédiaire de l’Etat en tant que régulateur qui redistribue la richesse produite. Mais on se méfie d’une intervention étatique dont la portée peut varier en fonction des régimes et des politiques. C’est pourquoi d’autres initiatives pour réintroduire les valeurs humaines et sociales dans l’activité économique se sont développées. C’est le cas du commerce équitable, de l’économie verte, de la RSE, de la finance islamique et bien sûr de l’économie sociale.

Peut-on faire de l’économie en prenant en considération les dimensions “valeurs”? En réalité c’est la seule façon de faire de l’économie. Il suffit de voir l’énergie dépenser pour corriger les méfaits d’une économie qui ne répond qu’aux lois du marché. Voilà maintenant des décennies que l’humanité se bat pour imposer la réduction des pollutions qui détruisent la planète, en pensant aux sources propres pour la production de l’énergie, … Non seulement l’entreprise ne peut pas vivre dans un monde qui court à sa perte écologique, mais elle ne peut pas vivre non plus quand des règles de morale sont bafouées comme l’injustice fiscale et le non respect des droits d’auteurs. Voilà deux autres principes qui montrent que l’économie doit être régulée par des principes d’honnêteté et de justice. L’écologie, la concurrence loyale et le respect des droits de propriété intellectuelle, sont parmi les principes les mieux défendus et en tout cas les plus médiatisés. Chaque jour des mesures sont prises à cet égard à l’échelle internationale. Est-ce parce que ce sont des méfaits qui touchent d’abord les riches ou au moins aussi bien les riches que les pauvres? En tout cas, la course vers la productivité et la réduction des coûts a amené certaines grandes entreprises à se délocaliser ou à sous traiter certaines de leurs activités. Cela peut être bénéfique pour les pays du Sud et nous en savons quelque chose au Maroc, mais cela se traduit aussi par l’exploitation des enfants et des femmes comme on l’a vu dans certains pays asiatiques. Finalement on ne peut pas faire de l’économie sans respecter des règles et notamment celles qui touchent directement à l’humain et il faut que ce principe soit universel.

L’économie sociale s’inscrit dans cette optique et se veut d’abord une économie basée sur des valeurs humaines et pas seulement marchandes. Non seulement les femmes et les hommes y sont placés au centre de l’activité économique, mais ils en constituent la finalité même. Dans les entreprises sociales le principe de la démocratie est aussi centrale que celui de faire du travail un objectif de vie et non de cumul des fonds. L’entreprise économique réussit quand elle procure du travail aux membres de la collectivité, quand elle leur assure l’insertion professionnelle.

La conscience sociale, développée grâce à la facilité d’accéder à l’information, a mis l’économie face au défi moral. Ce rôle de conscientisation doit en réalité commencer très tôt et notamment dans les universités quand les futurs acteurs économiques sont en formation. Si le discours sur l’économie intègre de plus en plus les valeurs humains et la préoccupation sociale comme des facteurs aussi important que la productivité, l’efficacité, le rendement et le gain matériel, l’activité économique deviendra un vrai challenge pour le développement au service de l’homme.

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