Un e-mail très amical

J’ai reçu d’un ami un e-mail très amical. Il l’avait reçu lui-même d’un autre ami et me l’a si gentiment transféré en me demandant de faire de même avec mes autres connaissances. Le mail ainsi transféré à travers les boites promettait la réalisation d’un vœu en quelques secondes, DIX seconde avait  tenu à préciser l’autre initial du mail. Tout ce qu’on me demandait c’était de lire le message jusqu’à la fin, ce qui devrait justement prendre dix secondes. Le voeu se réalisera donc à la fin de la lecture du mail! Vous pensez bien que dans de tels cas, on hésite quand même un peu. Il doit bien y avoir un piège quelque part. Si on m’avait promis un tirage au sors pour gagner un hypothétique cadeau, j’aurais à la limite compris. Un vœu en dix seconde ! Mon premier vœu était de comprendre ce mystère, mais je me suis empressé de chasser cette idée de ma tête de peur de ne perdre mon unique chance. Dans mon esprit un vœu est forcément quelque chose d’irréalisable, sauf si on tombe sur une lampe merveilleuse… puis ma lanterne commençait à s’éclairer: et si Internet était justement cette lampe moderne ? Je ne comprenais pas encore les raisons de mon hésitation. C’était un peu comme ce sentiment qui vous tenaille lorsqu’une situation met à mal votre intelligence. Votre cœur vous dit : « vas-y qu’est-ce que tu perds ?» et votre raison, un peu honteuse de votre tergiversation, se contente de vous dire «Tu te rends compte ? Tomber si bas? C’est la honte ! ». Généralement vous arrangez vos affaires avec votre conscience au moindre frais. Si le bénéfice est important vous prenez le risque du ridicule. Comme ce dimanche matin où je me suis arrêté près d’un petit trou sur le trottoir sans oser bouger. Je voyais dans le trou un téléphone portable de la dernière génération. Ma grosse main n’arrivait pas à rentrer suffisamment loin pour extirper mon butin. Je demandai alors, avec beaucoup d’assurance, à un petit garçon qui passait par là s’il pouvait m’aider à récupérer « mon téléphone » tombé par inadvertance dans ce trou. Je devais être suffisamment crédible car le jeune homme plongea vite sa main dans le trou en me faisant un sourire de compassion. Il était heureux de rendre service à un vieil étourdi. Puis son sourire se figea. Il se redressa et regarda tour à tour l’objet qu’il tenait dans sa main et l’homme adulte qui était debout devant lui heureux de récupérer « son portable » dernier cri. Il déposa dans ma main la carcasse toute cassée d’un téléphone et n’attendit même pas que je lui explique comment mon portable s’était transformé en carcasse. J’ai essayé de marcher comme si de rien n’était, « ma carcasse de téléphone dernier cri » dans la main et la tête trop fièrement élevée, le temps de quitter cette scène ou mon intelligence avait été si meurtrie. C’est peut-être en souvenir de ce moment douloureux que j’ai beaucoup hésité avant de lire le message que mon ami m’avait envoyé. Encore une fois mon cœur avait triomphé de ma raison et j’ai lu le texte. Je me suis alors rendu compte que mon ami était trop généreux. Il avait envoyé le message à tous ses contacts « mail ». Le fait de ne pas être désigné exclusivement m’avait déçu. Non pas parce que j’avais peur qu’il ne reste plus beaucoup de moyens au « génie » sensé exaucé les vœux de tout ce monde, mais parce que je me suis rendu compte qu’en réalité mon ami ne cherchait pas spécialement à m’aider à réaliser un vœu. Il voulait surtout réaliser le sien. L’une des conditions pour que le vœu se réalise après la lecture était justement de transférer le message rapidement au maximum de personnes que vous connaissez. Mon ami devait avoir un vœu très cher, vu le nombre important de personnes à qui il avait envoyé le message. Il me restait, si je voulais à mon tour réaliser un vœu, à trouver quelques amis à qui transférer le message. Ma raison me disait « téléphone d’abord à ton ami et demande lui si son vœu s’est réalisé ». Je ne pouvais pas faire une chose pareille. Mon ami saura que je suis capable de croire à une parfaite idiotie. Je n’avais aucune envie de porter devant des témoins la faiblesse dont peut être capable mon intelligence quand il s’agit d’un téléphone dernier cri ou un vœu gratuit. C’est un secret que je garde jalousement. Ne le répétez pas !

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