Paroles de père

Plus j’avance dans l’âge plus je prends du plaisir à me montrer sermonneur. J’estime qu’il est de mon devoir de père de tenir de tels discours. Quand j’ai réussi à convaincre mon fils de m’accompagner dans une promenade matinale, je me suis senti encore une fois investi de ce devoir parental d’épiloguer sur le sens de la vie. Nous nous sommes attablés à la terrasse d’un café. Il faisait beau et mes propos se voulaient le prolongement de la sérénité qui m’inondait. Je parlais et mon fils m’écoutait gentiment. Je lui exposais avec des détails assommants les vertus du travail laborieux. Tous ceux qui ont réussi, affirmais-je, ont forcément travaillé dur pour y arriver. La jeunesse doit apprendre à être patiente. J’ai bien entendu appelé à la rescousse les grandes réussites historiques et j’ai même osé y glisser mon cas par une supercherie que ne peut se permettre qu’un père devant son fils. L’histoire était entendue, on ne peut prétendre profiter pleinement de la vie tant qu’on n’a pas payé le prix pour. Paradoxalement, plus mon fils m’écoutait plus je redoublais d’effort pour le convaincre. Sa docilité me semblait suspecte. C’est à ce moment précis qu’une belle voiture décapotable immatriculée à l’étranger passa devant nous. Au volant, un jeune homme à peine plus âgé que mon fils offrait généreusement aux passants de partager avec lui les sons assourdissants d’une horrible musique. Mon fils accompagna la voiture dans son trajet jusqu’à ce qu’elle disparaisse à l’horizon laissant derrière elle comme une traînée de musique. J’ai cru déceler dans son sourire, lorsqu’il se retourna enfin, la vengeance de celui qui venait de subir un long discours barbant.

« Il a du beaucoup souffrir pour acheter une telle voiture » me lança-t-il.

J’ai résolu de ne pas répondre à la provocation.

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