Parler jeune

J’avoue que je ne ménage aucun effort pour ne pas être dépassé culturellement par mes étudiants. Cette mise à jour de mes connaissances n’est pas une tentative de rajeunissement. C’est beaucoup plus une ascèse scientifique où le plaisir est banni. Quelle joie peut-on avoir à écouter une chanson de Jenna Lee ou Justin Bieber à part celle de se convaincre qu’on comprend mieux la déchéance artistique de nos enfants ? Quand je sacrifie un peu de mon temps pour regarder un épisode de la série préférée de mes enfants, je me glisse dans la peau du sociologue qui essaye de comprendre pourquoi des « vannes », apparemment si hilarantes, ne le font pas rire malgré toute sa bonne volonté. Mon intérêt pour le monde des jeunes n’est qu’un pur plaisir intellectuel. Il serait de mon point de vue ridicule de vouloir y entrer par effraction. Je déplore cependant que cet effort ne soit pas réciproque. Mes enfants n’aiment ni mes lectures, ni mes films, ni ma musique. Je prétends pourtant pouvoir leur enseigner des choses sur la vie. Comment voulez-vous après cela qu’il n’y ait pas d’engueulades. Je peux encore tout adapter et faire deuil d’une musique qui n’est plus en phase avec l’air du temps, mais avec le langage une limite est franchie !

L’autre jour je suis tombé sur une singulière copie d’étudiant. L’auteur avait considéré, pour une raison qui m’échappe, qu’il devait écrire « jeune ». Comme un véritable analphabète, j’ai dû faire appel à ma fille pour déchiffrer le message. Le texte disait :« TLM pe se tromper. CPG. ENTK je ferai de mon mieux DQP ». Ce qui voulait dire en vieux français. « Tout le monde peut se tromper. Ce n’est pas grave. En tout cas je ferai de mon mieux dès que possible ». Limpide non ? Sur les conseils de ma fille j’ai écrit sur la marge : « cbi. LoL. »*.

*Pour les non initiés: cb1 = C’est bien

LoL = Beaucoup de rires

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