Heureux d’être aimé

J’ai vécu l’angoisse des questions existentiels lors d’un voyage dans un train. Comme la majorité des passagers, je cherchais la meilleure place possible. Ce jour là, le compartiment était vide et je n’avais que l’embarras du choix. Dès que je me suis installé, j’ai commencé à paniquer à l’idée que cette quiétude bien fortuite ne soit perturbée par un voyageur casse-pieds. Dans des situations semblables, les indélicats étalent négligemment leurs affaires sur les sièges à côté du leur. Je n’avais pas, heureusement ou malheureusement, ce courage. Chaque fois que je voyais quelqu’un s’approcher du siège d’à côté, je la  jaugeais d’un regard furtif. Je prenais l’air exagérément sérieux et distant quand il s’agissait d’une personne «déplaisante», et un sourire béat illuminait mon visage quand cette personne me semblait agréable. Plusieurs passagers se sont arrêtées à côté de mon siège puis, appelés par une place « meilleure », ils se sont empressés d’y courir. Rien de particulier si ce n’était que cette attitude fut adoptée par tous ceux qui ont un moment nourri l’intention de s’assoir à côté de moi. Il y en a même qui se sont réellement installés et pour une raison inconnue ont préféré changer de place. Il n’en fallait pas plus pour que la paix que j’espérais d’un voyage sans compagnon deviennent une angoisse. Pourquoi personne ne voulait de moi comme voisin?  J’ai été reconnaissant à une personne, que j’aurais « rejetée » quelques minutes auparavant, lorsqu’elle s’installa près de moi. J’étais donc digne d’être choisi. Ma joie ne dura que le temps de constater que cette maudite place était la dernière libre dans cette voiture. Je plongeai avec amertume dans mon journal en maudissant les métiers où l’on doit toujours vérifier que les autres vous aiment. Pas étonnant que des artistes se suicident.

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