Apprendre une langue

Je n’ai jamais vu quelqu’un aussi motivé pour apprendre une langue étrangère que cet ami qui me demandait conseil. Je lui ai expliqué que les langues nécessitent beaucoup de patience et de volonté. Il acquiesça en souriant mystérieusement. Je lui ai alors expliqué que la formation qu’il voulait suivre avait aussi un coût, surtout s’il tenait à disposer d’un professeur en « one to one ». Il se contenta de me dire qu’il avait toutes les raisons du monde de payer le prix fort pour apprendre le français. Était-il sur le point de conclure une affaire importante ? Il m’expliqua qu’au contraire c’était parce qu’il en avait perdu une qu’il tenait à apprendre cette langue. Voyant mon étonnement grandir, il me raconta son histoire.

Il avait réussi à décrocher un marché auprès d’une société qui voulait vendre un grand stock de matériels électriques usagés. Lors de la signature du contrat, le patron qui ne parlait que le français voulait s’assurer que le prix indiqué sur le document concernait bien l’ensemble du lot. Voyant que mon ami ne comprenait pas grand-chose, le patron appela à la rescousse un collaborateur pour faire office d’interprète. Après avoir bien écouté l’explication de son patron, l’interprète amateur s’est mué en conseiller. Et au lieu de se contenter de traduire les propos, le voilà en train de conseiller à son directeur de vendre son stock non pas en vrac mais au poids. Comment peser tout le bric-à-brac ? Il suffit, dit le collaborateur, de peser les deux ou trois premiers camions pour disposer d’une moyenne par camion. Il ne reste plus qu’à multiplier par la suite cette moyenne par le nombre total de camions sortis. Quand le collaborateur expliqua à mon ami la nouvelle manière de procéder, celui-ci mesura non seulement l’étendue de sa perte, mais aussi le prix de l’ignorance linguistique lors de négociation en présence de collaborateur zélé.

 

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