Mon banquier me vole!

J’ai toujours trouvé le contrat entre Faust et le Diable un vrai marché de dupes. Non pas parce que le savoir que demandait Faust ne valait pas une  âme damnée pour l’éternité, mais parce qu’il est presque inconcevable aujourd’hui d’acheter  un savoir dévalorisé par la profusion de l’offre. C’est vrai que du temps de Goethe il n’y avait pas Internet procurant le sentiment d’un savoir disponible et accessible à tel point que personne n’en veut plus. Le cas de Faust n’est qu’un marché de dupes et des marchés de dupes ils en existent encore aujourd’hui.

J’ai signé mon contrat sans le lire. J’étais tellement pressé de le faire que le temps de parapher le document (autant de fois que de feuilles) m’a semblé trop long. Et si mon banquier se ravise ? S’il réfléchit un peu et trouve qu’il n’a pas tiré suffisamment profit de notre contrat ? Il n’y avait qu’une seule chose qui  comptait pour moi : qu’on m’accorde mon crédit. Mon « adversaire » le sait bien c’est pourquoi il ne se prive pas de me voler allègrement : frais de dossier ? Ok et je signe. Assurance ? Je signe. Billet à ordre du montant global du crédit que la banque gardera même quand j’aurais remboursé la totalité de mon crédit moins une mensualité ? Je signe.  Dans un cas comme celui là, vous êtes tellement docile et pressé qu’on devrait vous dire tout, vous accepteriez tout pourvu qu’on vous accorde le crédit. Mais non, on ne vous dit pas tout. Il y a des choses que vous découvrez après coup. Par exemple, si vous choisissez un taux variable c’est que vous voulez bénéficier de la tendance du marché. Vous êtes malin. Vous avez étudié la tendance du marché et vous savez que les concurrents étrangers vont débarquer. Nos pauvres banques vont s’humaniser un peu. Mais en attendant, votre savoir ne vous sert qu’à étaler vos piteuses connaissances du monde de la finance dans un cocktail dinatoire où il est bon de parler du crédit que vous avez « négocié serré » avec votre banquier et qui n’est que de 7% VARIABLE « parce que tu sais, la tendance est baissière ! » Une gorgée du verre que vous tenez à la main s’impose à ce moment précis. Votre vis-à-vis feint d’être admiratif. Il va vous raconter comment il a réussit lui, à ramener la prime d’assurance de son crédit à un montant « ridicule ». Et tout le monde rit à gorge déployée pour cet autre exploit. Un marché de dupes vous dis-je. Car dans cette histoire il n’y a qu’un gagnant : le banquier (enfin sa banque).

Savez-vous par exemple que vous ne pouvez bénéficier d’une révision de taux que si vous avez dépassé un an et que vous en faites la demande expresse ? Moi, non. Je n’ai pas pris le temps de lire mon contrat. En fait, je suis étonné qu’on puisse permettre des choses qui me semblent immorales juste parce qu’il a suffit de les écrire trop petit. Pour être franc, même si c’était écrit suffisamment grand j’aurais quand même signé.

Je me suis plaint à mon banquier. C’est drôle de se plaindre à son banquier car généralement on se plaint à quelqu’un qui vous veut du bien. Ma banque a continué à me faire payer mon crédit à un taux  de 7% alors que sur tous les panneaux publicitaires de la ville elle fanfaronne de pratiquer un taux nettement plus bas. « N’y ai-je pas droit avec mon crédit à taux VARIABLE ? ». « Mais si, bien sûr, évidemment » me confirme mon banquier avec un large sourire, « il suffit de le demander expressément ». « Expressément » ? C’est-à-dire qu’il faudrait que j’écrive à ma banque pour lui rappeler que j’ai un taux variable et que le taux a baissé ? Elle ne le sait pas ? « Oh si mais c’est la procédure ». Ok, il y a quelqu’un qui a décidé un jour qu’il faudrait que les clients prennent la peine de vérifier si le taux a monté ou baissé et qu’ils fassent à la banque la demande de rectification. Celui là a certainement était promu. « Vas-y mon brave, toi tu es tellement génial que tu vas nous faire gagner encore plus d’argent ». J’ai osé présenter à mon banquier cette situation paradoxale pour le confronter à la logique de son institution. « Supposons que le taux monte. Est-ce que si j’oublie de vous en faire « expressément » la demande je continue à bénéficier d’un taux réduit? » « Qu’il est mignon ! Mais ça ne va pas mon cher ? Quand la banque augmente ses taux c’est qu’elle a déjà fait ses calculs sur les gains auprès de tous ces clients. Impossible d’échapper aux filets. Application express, illico presto » C’est bien ! C’est clair ! Ça porte un nom : cela s’appelle chez les honnêtes gens une arnaque. Et pour que mon banquier cesse de m’arnaquer j’ai écrit « expressément » ma demande de révision de taux. Depuis six mois, la banque ne m’a toujours pas répondu. Elle est certainement débordée. Je continue quand même à payer mon crédit au taux variable 7% qui ne veut décidément pas changer !

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